08 avril 2019

INTERVIEW : Descartes Underwriting : Assurer, c’est probabiliser


Dans un contexte où les changements climatiques bouleversent nos habitudes et notre façon d’appréhender le risque, Descartes Underwriting s’impose avec des solutions d’assurances innovantes pour les sociétés. La startup a remporté le prix Fintech For Tomorrow en novembre dernier lors du Climate Finance Day organisé par l’ADEME et Finance for Tomorrow by Paris Europlace, en partenariat avec La Place. Tanguy Touffut nous dévoile comment l’assurance sait se réinventer pour répondre aux enjeux écologiques qui nous concernent tous.

 

Pouvez-vous nous présenter Descartes Underwriting en quelques mots ?
Descartes Underwriting est un nouvel acteur du monde de l’assurance qui travaille sur les risques climatiques des grandes entreprises et des gouvernements. Aujourd’hui, les climatologues et météorologues observent une volatilité accrue de certains événements climatiques extrêmes. Nous modélisons ces risques à partir de nouvelles sources de données, de nos algorithmes et de techniques d’intelligence artificielle. Nous puisons l’information dont nous avons besoin dans différentes sources : des images satellitaires, des radars ou des capteurs de choc pour la grêle, ou encore des stations météorologiques pour la température. Pour vous donner un premier exemple, nous nous appuyons sur plusieurs générations de satellites afin d’évaluer les conséquences de certains incendies et d’identifier les zones brûlées. Cette approche nous permet de mieux comprendre les risques mais également de construire des produits d’assurance sur-mesure et totalement innovants. Un autre exemple porte sur le risque lié à la grêle. Nous disposons d’une nouvelle technologie qui nous permet de mieux comprendre les orages de grêle. C’est un sujet important dans l’assurance. Chaque année, la grêle est responsable de nombreux sinistres concernant des véhicules, mais également des arbres fruitiers, des vignes ou encore des habitations. Nous utilisons aujourd’hui une nouvelle génération de stations météorologiques qui permet d’estimer la taille, la vitesse et l’intensité des grêlons, avec une résolution de quelques dizaines de mètres seulement. Cela nous permet de calculer l’énergie cinétique et de mieux comprendre les taux de destruction. Nous pouvons ainsi déterminer de manière plus juste les tarifs des produits que nous proposons à nos partenaires et créer de nouvelles couvertures plus simples, définies par exemple en fonction du niveau d’intensité de l’orage. Un troisième et dernier exemple qui est lié à l’actualité : il y a quelques jours, des articles de presse ont évoqué des cas de gelée qui ont touché des vignes dans plusieurs régions. Comme les températures ont été assez élevées courant février et mars, nous avons une, voire deux semaines d’avance sur le cycle de développement des végétaux. En d’autres termes, la végétation est beaucoup plus vulnérable à des épisodes de gel. Nous disposons à présent de solutions pour mesurer la température à 50 cm du sol. Ce système permet de déclencher automatiquement des paiements pour nos partenaires en cas de température tombant à 0°C, -2°C ou -5°C.

 

Peut-on dire qu’aujourd’hui le secteur de l’assurance mise de plus en plus sur la prévention des risques ?
La prévention est effectivement un sujet majeur dans l’assurance. Cela conduit à un bon alignement entre les assurés et les assureurs. Si nous arrivons à réduire le risque par la prévention, les coûts des sinistres sont forcément plus faibles. Cela permet une baisse des coûts des couvertures pour les clients et une sécurisation des marges des assureurs. Cependant, l’augmentation de la fréquence des anomalies liées au changement climatique va globalement avoir pour effet une augmentation de la charge des sinistres. De bonnes pratiques en matière de prévention ne peuvent malheureusement pas arrêter le changement climatique ni réduire le nombre de catastrophes naturelles. Elles ne peuvent que baisser le coût de ces catastrophes. Malgré les progrès de la météorologie, nous sommes toujours impuissants dès qu’il s’agit de prévoir correctement ces sinistres à plus de 15 jours en dehors d’effets de type El Nino ou La Nina. Au-delà de 15 jours, il est par exemple hasardeux de prédire quelle température il fera à Paris, Chicago ou Madrid. En revanche, il est possible de probabiliser la survenance de certains événements. Nous réévaluons les données passées en prenant en compte l’augmentation de la température et certaines tendances. Nous privilégions également une approche « physique » en plus de l’approche « statistique » : en d’autres termes, nous étudions en temps réel la température de l’eau, certains courants marins, la vitesse et le cisaillement du vent afin de surveiller l’émergence possible de cyclones. Dans certaines zones géographiques et selon les études du GIEC (Groupe Intergouvernemental d’Experts sur le Climat), il y aura à long terme potentiellement plus de risques de cyclones de catégories 4 ou 5, ceux qui sont les plus dangereux.

 

Descartes Underwriting a été lauréat du Startup Challenge Fintech For Tomorrow. Quel bilan dressez-vous aujourd’hui de cette expérience ?
C’est une expérience très positive. La finance a un rôle clé dans la résolution des grands défis de notre planète. Si l’on prend comme exemple la transition énergétique, nous travaillons sur des produits d’assurance couvrant le manque de vent pour les éoliennes ou de radiations solaires pour les parcs photovoltaïques. C’est un nouveau marché à fort potentiel pour nous. Pour les banques, les assureurs et les gestionnaires d’actif, rediriger les investissements vers de nouvelles sources énergétiques renouvelables et délaisser celles qui émettent beaucoup de CO2 est un enjeu majeur. Nous sommes très heureux de faire partie, même à notre petite échelle, de cet effort global de la finance pour trouver des solutions face au changement climatique. Nous sommes aussi ravis de travailler sur des couvertures qui servent à minimiser les conséquences du changement climatique. C’est faire pleinement jouer à l’assurance son rôle d’amortisseur : sauver de la faillite des entreprises qui sont confrontées à un choc en leur permettant de continuer leur activité.

 

On se rend compte que les questions liées au changement climatiques sont de plus en plus présentes dans les débats aussi bien politiques qu’économiques. À quel degré avez-vous pu constater un changement de mentalité sur ce sujet ces dernières années ?
Lorsque l’on compare, entre la fin des années 2000 et aujourd’hui, la perception et la compréhension du changement climatique par les populations, on constate un changement radical dans le monde entier. Il y a 10 ans, il existait encore un grand nombre de « climato-sceptiques ».  En 2019, il y a encore des débats sur le rôle exact de l’être humain dans le changement climatique, mais avec tous les événements récents, que ce soit aux Etats-Unis, en Australie ou en Europe, et l’avancement de la science sur le sujet, les « climato-sceptiques » sont devenus largement minoritaires. Il y a eu une réelle prise de conscience. Il faut maintenant qu’elle soit suivie d’effet.

 

Vous étiez récemment invités à La Place pour pitcher lors des Startup Days. Pouvez-vous nous en dire plus sur votre intervention ?
C’est toujours enrichissant de voir des acteurs financiers de divers horizons travailler sur des sujets communs. En particulier, nous avons trouvé très inspirant l’engagement de certains assureurs de développer de plus en plus de supports d’investissement qui soient en ligne avec le développement durable ou privilégiant des secteurs porteurs, qui ne polluent pas ou peu et qui ne mettent pas en danger la santé des personnes comme l’industrie du tabac. Il y a une vraie volonté de trouver de nouvelles sources d’investissement plus pérennes pour le climat et l’économie. On voit bien la volonté de certains grands groupes financiers d’orienter les financements vers des supports plus pérennes.

 

 

Pouvez-vous nous parler des projets ou chantiers sur lesquels Descartes travaille actuellement ?
Nous développons de nombreux projets en ce moment. Je vais vous donner un exemple dans l’aquaculture. Comme vous le savez, l’humanité est confrontée à un vrai défi alimentaire. Il faut par exemple trouver des sources de protéines qui auront une empreinte écologique plus réduite que l’élevage bovin. Dans certaines régions du monde comme l’Asie, l’aquaculture est une source croissante de protéines pour l’être humain. Dans ce secteur, les offres d’assurance restent relativement limitées et peu sophistiquées. Nous travaillons sur des nouveaux produits qui prennent en compte aussi bien l’émergence d’algues, que le taux d’oxygène ou la vitesse du vent pour les typhons, pour réussir à accompagner le développement de fermes aquacoles prenant le relais de la pêche intensive.

Descartes Underwriting X La Place (Startup Day)

 

 

 

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