04 novembre 2019

Les cas d’usage de la Blockchain dans l’assurance, par Julien Vincent de ConsenSys

Le 22 octobre a eu lieu à la Place, la 4è matinée de la Blockchain Serie consacrée aux impacts de la Blockchain sur les métiers de l’assurance, co-organisée par notre partenaire et membre fondateur Paris Europlace et par ConsenSys France. Nous avons rencontré Julien Vincent,  Head of Delivery lead in Blockchain et digital transformation chez ConsenSys France, qui animait les échanges entre les trois professionnels de l’assurance présents à la matinée : Jérôme Balmes, Directeur Digital et Innovation à la Fédération Française de l’Assurance, Laurent Benichou, Responsable Fizzy et crypto à AXA Next, Gauthier Lalande, Lead Manager Artificial Intelligence, Blockchain et Dataviz à Malakoff Médéric Humanis. Julien Vincent revient sur l’événement dédié aux cas d’usages de la blockchain par les assureurs. 

 

En quelques mots, pouvez-vous nous dire qui est ConsenSys ?

 

ConsenSys est un éditeur de logiciels spécialisés Blockchain. Nous sommes environ 1 000 personnes dans le monde et notre siège social est en Suisse. 

 

Parlez nous des projets que vous êtes en train de développer avec des assureurs chez ConsenSys ? 

 

Par rapport aux assurances, nous avons plusieurs typologies de projets.  En ce moment par exemple, nous avons plutôt des projets sur des études servent à définir de nouveaux produits d’assurance qui pourraient répondre aux besoins de la Blockchain. Ou sinon, nous avons aussi des études sur l’implémentation de la technologie Blockchain pour répondre à différents métiers chez les assureurs.

 

Aujourd’hui, nous travaillons sur trois grands projets auprès d’assureurs : sur le premier nous en sommes à un stade où nous étudions le cas métier pour voir si en termes d’investissement cela est rentable. Pour le deuxième, il s’agit de définir un produit d’assurance dans le monde de la cryptomonnaie. Sur le troisième projet, nous sommes sur l’étude de l’implémentation de la technologie Blockchain pour répondre à un consortium d’assurance. Finalement, ce sont des projets assez variés car nous accompagnons nos clients aussi bien dans l’étude stratégique que dans les cas business

 

Quels sont selon vous les cas d’usage les plus expérimentés par la grande majorité des assureurs ?

 

Selon moi, les cas d’usage Blockchain les plus expérimentés sont les cas d’assurance assez simples. Par exemple avec Fizzy, une application développée par AXA : Il s’agit d’une assurance pour les retards et annulations de vols qui permet d’indemniser automatiquement les personnes. Si l’avion est en retard, il y a un prix fixe de dédommagement. C’est ce que j’appelle des contrats d’assurance assez simples. Il y a des règles métier qui restent assez simples à coder et à mettre dans la blockchain. Nous n’essayons pas de réinventer des produits, mais surtout de simplifier les produits. C’est ce que nous expérimentons beaucoup en ce moment. Nous avons aussi des projets sur la traçabilité. Par exemple, lorsque l’on achète un médicament, il s’agit de savoir d’où vient le médicament, où est-ce qu’il a été vendu ? Quelle est la part de remboursement ? Malakoff Médéric Humanis, présent lors de la matinée a cité cet exemple de l’utilisation de la blockchain au profit de la traçabilité, pour plus de transparence : même si eux-mêmes ne travaillent sur ce type de cas d’usage, ils ont utilisé ce parallèle pour évoquer leurs propres projets – sans citer le use case et le nom de leur partenaire. Au final, dans ces types de projet, il s’agit surtout d’essayer de prendre ce qui fonctionne actuellement et de l’améliorer, et non pas forcément créer de nouveaux produits ou services. 

 

Qu’est-ce que la Blockchain a apporté de nouveau dans la transformation des métiers ?

 

C’est là où on se rend compte sur les années précédentes, que l’on était surtout sur ce qu’on appelle des POC, des Proof of Concept, des pilotes qui ont validé le fait que tels et tels projets peuvent fonctionner.  Là, on commence à aller sur des grands projets qui peuvent aller de 5 à 20 millions d’euros d’investissement : notamment autour de consortium qui veulent mettre en place des projets d’envergure et qui répondent aux mêmes principes d’amélioration fonctionnelle et continue de l’assurance sur des cas déjà existants, sur des fonctionnalités déjà existantes qui apportent justement un peu d’approche anti-fraude, d’amélioration des processus pour que ça soit plus rapide et plus sûr. 

 

Par exemple, la Fédération Française de l’Assurance, présente lors de notre dernier épisode de Blockchain série, racontait qu’ils sont en train de réfléchir à un système qui permettrait de faire communiquer toutes les assurances faisant partie de la Fédération. Par exemple dans le cas d’un transfert d’assurance, d’une résiliation d’assurance voire, dans le cadre de la loi Hamon, le nouvel assureur doit demander la fermeture du compte chez l’ancien, et l’assuré doit faire passer manuellement les informations entre les deux assurances. Ça se fait de manière souvent manuelle ou électronique. Seulement, il y a des cas de fraude, mais aussi des cas d’erreurs de saisie. La blockchain pourrait simplifier la communication entre les différentes assurances. 

 

Y a t’il des cas d’utilisation de la blockchain pour l’assurance auquel vous ne vous attendiez pas ?

 

Oui, lors de l’événement, AXA a parlé d’un nouveau produit inhérent à la technologie blockchain. Dans cette technologie, il y a ce que l’on appelle des portefeuilles électroniques. Si l’on perd la clé pour l’ouvrir, alors les fonds seront perdus à jamais. Pareil si on passe par ce que l’on appelle des exchange, qui vont transformer nos euros en cryptomonnaies et qui vont garder cette cryptomonnaie. Il arrive parfois que ça soit piraté et que les personnes perdent toute leurs cryptomonnaies. AXA travaille sur une solution pour palier à ces potentiels risques : pourquoi pas proposer une assurance à ces personnes pour couvrir le piratage de ces exchanges et la perte de cryptomonnaie ? L’autre cas concerne directement les exchanges qui peuvent se faire pirater et qui veulent avoir une assurance pour indemniser leurs clients en cas de perte de leurs cryptomonnaies. Il s’agit là d’un nouveau produit d’assurance spécifique à la cryptomonnaie, un milieu récent assez volatil. Le produit n’a pas encore été lancé, mais AXA a fait une étude où ils ont identifié que les frais étaient beaucoup plus élevés puisqu’en fait,  il y a déjà des assureurs qui le font dans le monde entier et le taux d’assurances est plus élevé que pour une assurance classique dans la monnaie courante. 

 

Comment les assureurs français accueillent la Blockchain dans la transformation de leurs métiers ? 

 

Pour moi, la blockchain est la finalité : il faut toujours partir du besoin métier et après, on essaie de voir la technologie qui y répond. De temps en temps, on arrive finalement sur une technologie qui n’a rien à voir avec la Blockchain et d’autres fois, c’est effectivement la Blockchain qui peut y répondre. 

 

Il y a un gros travail de pédagogie à faire, puisque la première réaction des clients lorsqu’ils entendent parler de Blockchain est de penser au Bitcoin, à l’Ethereum et aux cryptomonnaies de façon générale. Ils ne pensent pas à la technologie en elle-même. Ensuite, les acteurs de l’assurance vont rapidement donner leur accord pour travailler avec la Blockchain, mais le Blockchain consomme beaucoup d’énergie. Ce qui est nocif pour l’environnement. On doit ensuite entrer dans une phase de pédagogie, où l’on explique que l’on utilise une autre configuration de la technologie (réseaux permissionnés) pour éviter ce problème de consommation énergétiques.  Une fois qu’on passe un peu cette crainte autour de cette nouvelle technologie, on peut arriver au cœur du problème qui est : comment l’implémenter et comment la mettre en place dans les assurances ? Sachant qu’il y a un beau challenge chez les assureurs, c’est qu’il s’agit d’un métier qui existe depuis longtemps et que les systèmes d’information qui datent des années 80, qui sont souvent des fusions et des rachats d’assurance. Ce qui veut dire qu’on a un empilement de systèmes d’information, ce qui fait qu’il faut réussir à “brancher” ces systèmes d’information à la nouvelle technologie, qui, elle, évolue rapidement. Donc, là aussi, c’est un très beau challenge pour pouvoir se digitaliser et utiliser la technologie Blockchain. 

 

Quels sont les autres challenges opérationnels et technologiques pour les assureurs ?

 

Après, il y a un autre challenge, qui revient souvent puisque la plupart des projets blockchain se font autour de consortium : dans ce cas, nous avons des compétiteurs qui veulent travailler ensemble, ou qui travaillent déjà ensemble, et qui veulent pouvoir communiquer entre eux. Ils vont se rassembler pour faire un consortium de deux à quinze acteurs, avec pour objectif de construire une solution qui convient à tous. On arrive là sur une problématique de gouvernance : comment faire en sorte pour que tous les acteurs aient la même vision et valident rapidement les choix technologiques et les choix fonctionnels pour sortir une solution technique rapide ? On a des cas de consortiums qui vont prendre deux à trois ans à sortir la solution, et pour les plus rapides cela prend neuf mois. Chez ConsenSys par exemple, comme nous avons l’habitude de monter des consortium, on peut se permettre de sortir un projet en environ neuf mois. 

 

L’objectif est de voir comment codifier ces règles métier dans la blockchain, pour que cela soit exécuté automatiquement, ce qui est possible grâce à la technologie smart contract dans la Blockchain. Cela veut dire qu’il faut avoir des règles claires et précises pour pouvoir les mettre dans l’informatique. Et cela veut aussi dire qu’il faut réussir à mettre tout le monde d’accord autour de la table pour que tout le monde joue les mêmes règles du jeu et se fasse confiance dans ce consortium. Il y a beaucoup d’ateliers et de tests de smart contract sur ce sujet pour permettre aux acteurs de se mettre d’accord, qu’ils aient tous la même vision. On le fait surtout sous format d’ateliers pour aligner et traduire le métier en technologie. 

 

Un autre challenge concerne la régulation. Le milieu de l’assurance est énormément régulé et il faut pouvoir faire en sorte que la Blockchain suive cette régulation. On a aussi beaucoup de questions autour de la RGPP puisqu’ici on parle d’informations utilisateurs. Il faut pouvoir supprimer cette information. De notre côté, nous y travaillons, notamment avec le EU Blockchain Observatory, à qui nous avons pu faire des recommandations sur comment gérer le RGPD. La FFA y travaille également : elle a présenté ses uses case et ses fonctionnements techniques à la CNIL. 

 

Que retenez-vous de ce dernier épisode de la Blockchain Serie co-organisé par Consensys et Paris Europlace ?

 

De mon point de vue, on est en train de vivre une transition : nous passons de projets pilotes à des projets à plus grande échelle. Je pense que 80% des projets seront des projets d’amélioration de processus, de type excellence opérationnelle. Et 20% des projets seront de la pure innovation dans le sens où on va créer de nouveaux services et produits. On va passer à l’échelle de mise en production, où on pourra vraiment l’utiliser en tant que consommateur. Généralement, il est mieux d’approcher par segment, pour se restreindre à un segment ciblé, voir si ça fonctionne et ensuite élargir les segments utilisateurs, que ce soit du B2B ou du B2C. L’assurance est un milieu très complexe, où on a souvent des exceptions. Il faut pouvoir gérer tout ça. 

 

 

Julien Vincent, en quelques lignes :

 

Julien, Head of Delivery, a rejoint Consensys à l’été 2018. Après des études en école de commerce en Angleterre, il a été consultant plus de 10 ans dans la transformation digitale au sein de plusieurs cabinets de conseil internationaux dans les secteur de la grande distribution, de la finance et du luxe. Aujourd’hui, Julien est en charge des déploiements de projet Blockchain à forte valeur ajoutée chez ConsenSys à l’échelle internationale.

Nos autres actualités

28 janvier 2020
Une banque ouverte, le client au centre

Chaque année, Cap Gemini publie trois rapports sur le monde des fintechs, côté paiements, investissement et banque de détail. Ce dernier, le World Retail Banking Report 2019, met les pieds dans le plat : en matière d’open banking, les banques n’ont pas la bonne approche.   En septembre dernier, la transposition de la directive européenne […]

Lire la suite
23 janvier 2020
Une année charnière pour les cryptoactifs 

Mardi 14 janvier, la fintech britannique Finimize organisait à La Place une réunion sur l’investissement en bitcoin et en cryptoactifs qui illustre la maturation progressive de cette nouvelle classe d’actifs.   « Selon les enquêtes, 3% à 6,7 % des Français utilisent le bitcoin ou d’autres cryptoactifs » observe Pierre Morizot, cofondateur de Waltio, une regtech consacrée […]

Lire la suite
22 janvier 2020
Les fintechs s’attaquent aux délais de paiement

Le 21 janvier, La Place Fintech et Finance Innovation ont tenu une demi-journée de rencontres pour faire le point sur la manière dont les fintechs peuvent améliorer le principal problème des TPE et des PME en France : les délais de paiement. L’occasion de voir comment se structure une offre désormais foisonnante.   Depuis la […]

Lire la suite
toutes nos actualités
on vous garde une place
Restez informé(e)
ou laissez-nous un message.

PALAIS BRONGNIART
28 Place de la Bourse, 75002 Paris

CONTACTEZ-NOUS

contact