22 janvier 2020

Les fintechs s’attaquent aux délais de paiement

Le 21 janvier, La Place Fintech et Finance Innovation ont tenu une demi-journée de rencontres pour faire le point sur la manière dont les fintechs peuvent améliorer le principal problème des TPE et des PME en France : les délais de paiement. L’occasion de voir comment se structure une offre désormais foisonnante.

 

Depuis la crise, le financement des PME s’est beaucoup amélioré. « De 2010 à 2017, le taux d’endettement brut des PME – le ratio entre l’endettement financier et les fonds propres – est passé de 110% à 80 % » observe ainsi Raymond de Pastor, de l’Observatoire du Financement des Entreprises auprès du Médiateur du Crédit. Restent cependant des points de vigilance et, parmi ceux-ci, les délais de paiement en sont sans doute le principal. Il y a dix ans, la loi de modernisation de l’économie (LME) avait provoqué une réduction des délais de paiement, de 60 à 50 jours pour le crédit fournisseurs et de 50 à 44 côté crédit clients. Mais depuis les choses stagnent et la situation, pour les TPE, se dégrade même.

« Une TPE sur cinq a des fonds propres négatifs ou nuls » rappelle Raymond de Pastor, alors même que les TPE et les PME doivent, à leur tour, affronter les défis de la transformation numérique et de la transition environnementale et énergétique. Dans une telle situation de fragilité, tout retard de paiement peut s’avérer funeste : « Un quart des faillites sont dues aux retards de paiement » estime Pierre Dutaret, fondateur de libeo.io

Dix ans après la LME, la loi Pacte s’attaque au problème, agissant aussi bien sur les payeurs retardataires, que sur le financement. Et cette fois, les fintechs sont au rendez-vous. 

 

Carotte et bâton

Comment agir sur les mauvais payeurs ? La loi Pacte a choisi la manière forte : la DGCCRF publie désormais les noms des fautifs, et elle multiplie les amendes. En 2019, presque 200 sanctions ont été prises, pour 25 millions d’euros. Et la machine s’emballe : « En 2020, il y a déjà eu 9 publications pour 2,5 millions », observe Jean-Marc Allouët, associé du cabinet BM&A. Les amendes ont d’après lui un double effet. D’une part, elles descendent jusqu’au niveau du département : les directions administratives et financières tendent à les imputer aux services concernés, provisionnant la prochaine amende. Les divisions problématiques se retrouvent ainsi isolées au sein même des groupes auxquels elles appartiennent. Et d’autre part, les sanctions resserrent le temps de paiement, dissuadant les donneurs d’ordre de payer en retard mais aussi en avance. 

A côté du bâton, certaines start-up proposent aussi une carotte. Ainsi Rubypayeur, qui a lancé une communauté et une charte signée de 400 entreprises. Elle veut instituer une labellisation des pratiques de paiement et signaler les mauvaises pratiques, mais aussi les bonnes : le « name and fame » à côté du « name and shame ». Elle vient de lever 1 million d’euros, notamment auprès d’un grand du SEO : le référencement joue en effet un rôle-clef dans sa stratégie d’e-réputation. Certaines entreprises, comme CDLS France, voient déjà apparaître leur mauvaise note dans la communauté en première réponse naturelle. Une sanction à la hauteur des conséquences de ce comportement : « Il y a encore un an, j’étais à la tête d’une entreprise dans l’alimentaire que j’ai plantée à cause des délais de paiement » témoigne Alexandre Bardin, le fondateur de RubyPayeur. 

Libeo, pour sa part, veut simplifier paiement entre les entreprises. « On imagine tout un tas de raisons pour les retards de paiement », continue Pierre Dutaret, « par exemple que les donneurs d’ordres veulent limiter les sorties de trésorerie ». La réalité est plus simple. Le coût moyen d’un paiement interentreprises est, selon lui, de 22 euros. En proposant une solution simple, Libeo répond à une forte attente du marché : en un an, 8M€ de factures ont été traitées, pour 2600 entreprises.

A terme, l’intelligence artificielle pourrait changer la donne, en offrant aux PME des services simples d’évaluation de leurs clients. Clearnox, par exemple, dont la solution a été intégrée par Sage (en marque blanche) et Cegid, dispose ainsi qu’une plate-forme d’intégration où l’IA analyse le comportement client. Aston, pour sa part, travaille à une solution pour les banques et les factors qui leur permette de proposer financement à la facture. « On arrivera à terme à proposer un recouvrement prédictif » prévoit Fabrice Develay, fondateur de GCollect, une plate-forme de mise en contact des TPE-PME avec les huissiers et services de recouvrement

 

Tensions de trésorerie

Prévenir n’empêche pas de devoir parfois guérir et, pour cela, faire appel à l’affacturage. « Les banques font bien leur travail mais leur environnement réglementaire très contraignant laisse la place à des acteurs nouveaux » analyse Jean-Yves Bajon, fondateur de Smart Tréso, un fonds de titrisation de factures qui a déjà financé 120 entreprises. Alors que cette offre complémentaire est déjà bien structurée dans le crédit à la consommation, par exemple, elle reste naissante dans le crédit interentreprises, où les séries sont trop peu nombreuses pour faire tourner des modèles d’IA. « La demande est forte, mais le besoin de pédagogie financière dans les petites entreprises l’est tout autant », observe-t-il, faisant ainsi écho à l’Observatoire du Financement des Entreprises. Smart Tréso effectue ainsi un audit deux fois par sur son portefeuille, afin de s’assurer de la solidité du sous-jacent. 

Quant à l’affacturage inversé, favorisé par la loi Pacte, il continue de se répandre : il représente aujourd’hui environ 10% du marché, mais constitue l’essentiel de sa croissance. « Il y a certes un effet de mode, mais c’est surtout que la rupture dans une supply-chain pénalise avant tout le donneur d’ordres» analyse Hervé Hillion de Say Partners. « Il ne s’agit pas seulement de combler un besoin de trésorerie à un instant T, mais d’atteindre un certain niveau d’excellence opérationnelle » poursuit-il : « Les fintechs ne sont pas juste là pour rendre plus efficaces les modèles existants ». On ne saurait mieux dire.

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