2020-03-13 16:06:11

Fintechs éthiques et communautaires : vers une finance plus vertueuse ? [2/2]

Lors de la matinée de conférence qui s’est tenue à La Place le 10 mars dernier, des entrepreneurs et des experts des fintechs éthiques et communautaires sont venus débattre autour des spécificités de leur activité. Retour sur l’événement.
 

L’Afrique était à l’honneur de la deuxième table ronde de cette matinée consacrée aux Fintechs éthiques et communautaires.


L’essor du mobile money

Avec 2% du nombre total de fintechs dans le monde, le continent africain ne semble
a priori pas peser lourd dans l’univers des fintechs, encore largement dominé par les États-Unis. Pourtant, le dynamisme du secteur est incontestable si l’on en croit les investisseurs : les trois cent fintechs africaines ont attiré 40% des 2 milliards de dollars investis dans les startups africaines en 2019, d’après le rapport annuel de Partech Africa.

Si les 54 pays africains composent autant de réalités différentes, un de leurs traits communs est la très forte pénétration du mobile, presque partout supérieure à la pénétration bancaire – l’Afrique du Sud faisant figure d’exception. D’après Houssem Assadi, CEO de Dejamobile, une startup qui propose des solutions de paiement digital en marque blanche, c’est ce taux élevé pénétration mobile qui a expliqué l’émergence dès la fin des années 2000 du mobile money, sous l’impulsion des opérateurs téléphoniques panafricains. Et de citer les initiatives respectives de MTN et d’Orange, M-Pesa et Orange Money, qui cumulent aujourd’hui des chiffres d’affaires de plusieurs millions d’euros – voire du milliard dans le cas de M-Pesa.

Pour le CEO de Dejamobile, qui a travaillé auparavant chez Orange, « 
le recul que l’on a aujourd’hui autour de ces succès commerciaux a permis de mesurer leur impact, notamment en terme d’inclusion financière ». Houssem Assadi prend l’exemple du Kenya, où M-Pesa a eu un impact très positif :  +6,5% sur le PIB du pays.

Natasha Dim Ban, CTO de la startup Bizao qui s’est donnée pour mission de faciliter l’intégration des moyens de paiement mobiles en Afrique, insiste sur les potentialités du mobile money : « 
la gamme de services est très vaste, même si dans les faits, 70% des transferts mobile-to-mobile demeurent des transferts d’argent en peer-to-peer ». Pour elle, l’interopérabilité entre les différents Telcos ne signera pas la fin des Fintechs en Afrique ; « bien au contraire, elle permettra d’étoffer l’offre de services financiers ».


Les Fintechs au service des diasporas


L’un des services que le mobile money a contribué à démocratiser est le transfert international d’argent, notamment de l’Europe vers l’Afrique. Partant du constat que le montant des aides entre particuliers dépassait largement le montant des aides internationales, Arnaud Jacquin a créé Fair-ezone, avec pour objectif de faciliter le transfert d’argent à l’étranger et
in fine, de renforcer l’inclusion financière.


Pourquoi parler d’inclusion financière ?
Ingrid Azogui, VP Marketing & Sales chez Paytrip, une application qui permet également aux diasporas d’envoyer de l’argent à leurs proches, explique le mécanisme de cercle vertueux : « ce sont des populations fragiles dans le pays de résidence qui aident des populations extrêmement fragiles dans le pays d’origine ».


Derrière l’opportunité business se dessine ainsi la possibilité d’un réel impact social.