20 Avril 2020

TEMOIGNAGE CRISE #3: QUEL IMPACT SUR LE SECTEUR FINANCIER ?

Pour que personne ne se sente seul face aux difficultés d’actions et à la mise en place d’une continuité d’activité, les acteurs de l'écosystème financier témoignent. Aujourd'hui, Stéphane Dehaies, associé - banque & fintech chez KPMG France, partage son expérience des dernières semaines et sa vision de l'impact de la crise actuelle sur le secteur financier :


Stéphane, quel impact la crise a-t-elle eu sur votre propre travail au quotidien ?
 
Les règles du confinement ont changé les modes d’organisation de nos métiers du conseil très centrés sur l’écoute, la disponibilité et la flexibilité tout en préservant l’essentiel : la protection de nos collaborateur(trice)s et notre capacité à répondre aux besoins urgents de nos clients et de nos partenaires. Cette crise sans précédent nous oblige donc à revoir rythmes de travail et modes de vie mais aussi la manière d’interagir avec nos clients, nos équipes, nos partenaires tout en préservant des moments simples mais nécessaires avec nos proches pour notre équilibre à tous.
 
Les maitres mots pour nous tous ont été la solidarité, l’engagement, l’agilité et la résilience. La première semaine du confinement a en effet été entièrement dédiée à cette résilience humaine et opérationnelle grâce au déploiement du plan de continuité de notre organisation et la mise en œuvre d’une équipe dédiée pour accompagner nos équipes et nos clients en France mais aussi à l’international. La robustesse de notre plan de continuité et la résilience de nos infrastructures nous ont permis de travailler sans discontinuité pour gérer la sécurité de nos équipes et répondre aux besoins de continuité d’activité urgents de nos clients avec en parallèle une revue des projets à renforcer, arrêter ou nouveaux projets à déployer dans ce contexte de crise sanitaire.
 
Très rapidement, grâce notamment à nos équipes KPMG Avocats et Deal Advisory, nous avons organisé la diffusion quotidienne des mesures gouvernementales en France et à l’International et des conditions de leur application pratique pour aider l’ensemble des entreprises du secteur public et privé (Corporate, Institutions Financières, PME/ETI, Startups & Fintechs) à s’adapter  à ce nouvel environnement pour préserver au mieux leur activité. Une équipe dédiée anime désormais la diffusion de ces informations sur les différents canaux de communication KPMG (Internet, Réseaux Sociaux, Radio KPMG, Webinar, etc.). Nous nous sommes attachés avec nos experts pluridisciplinaires à présenter ces mesures pour toutes les industries (dont la Banque, l’Assurance, l’Asset Management et les Startups/Fintech). Nous travaillons avec le réseau international KPMG pour, en plus de notre web-conférence hebdomadaire pour la France, mettre en place des web-conférences en anglais sur les principaux pays.
 

Comment vous vous êtes réorganisés en équipe justement ?
 
Après cette phase d’adaptation, nous avons agi très rapidement pour la sécurité de tous en faisant preuve d’une forte solidarité. Nous avons appelé nos clients pour prendre de leurs nouvelles et leur confirmer notre engagement pendant cette crise unique. Nous avons également contacté nos partenaires, dont La Place Fintech, pour leur assurer notre soutien. Nous nous sommes très rapidement organisés avec les clients et pour que les équipes de consultant(es) poursuivent, dans les meilleures conditions possibles, les missions qualifiées de critiques en mode télétravail (grâce à nos infrastructures de VPN et le déploiement en parallèle de dispositifs techniques très efficaces et sécurisés déployés par les équipes supports et informatiques de nos clients). La communication régulière (collective et individuelle) au fil de l’eau depuis le début du confinement  auprès des collaborateur(trice)s (parfois seuls chez eux) a été également une priorité pour tous les Associés KPMG pour assurer ce lien social et humain, en particulier quand leurs missions ont dû être interrompues en raison de l’ampleur de cette crise sanitaire.
 
Nous avons rapidement organisé des séances d’échanges avec nos équipes pour nous adapter et apprendre à travailler différemment ensemble grâce notamment à l’utilisation d’outils collaboratifs à distance comme Skype, Klaxoon, Mural, Miro, Beekast, etc. Nous avons aussi confiance en l’engagement de chacun : nous avons mis en place une nouvelle organisation de nos journées de télétravail suivant le contexte des missions clients ou de projets de développement interne. Pour garder ce lien et échanger sur ces expériences, les équipes ont également organisé des points de rencontre très réguliers comme les pauses café virtuelles quotidiennes.
 
En parallèle, nous nous assurons également de garder ce lien avec nos équipes en confinement pour préserver leur équilibre travail et bien-être, en promouvant le besoin de mixer ce nouveau schéma de télétravail avec de nouveaux loisirs & activités personnelles. Par exemple, à titre personnel, j’organise tous les jours une séance de sport de 30 min avec mes enfants (cours de Karaté Shotokan) en plus de leurs devoirs quotidiens.
 

Quelle mission avez-vous dû faire passer au 1er plan en urgence pour répondre à la situation actuelle ?
 
Les missions de gestion de crise ont été la priorité de nos clients pour répondre à cette crise sanitaire et économique mondiale.
En synthèse :


 
Pour illustrer ce panorama très large des missions de gestion de crise, on retiendra les missions qui permettent à nos clients de :
  1.  Gérer les risques de continuité de l’activité pour nos clients
• Mise en place de la gestion de crise et des plans de continuité
• Revue des relations avec les partenaires clés
• Gestion de la cybersécurité et de la résilience de l’infrastructure dans un mode d’exploitation dégradé
• Enjeux de l’exécution des tâches opérationnelles et des contrôles (capacité à exécuter les contrôles compliance et suivi des risques en mode dégradé)
• Gestion et pilotage des liquidités au quotidien
  1. Analyser les conséquences à court terme de la situation
• Application des nouvelles mesures sociales et fiscales en soutien de la trésorerie (remboursement de créances fiscales, modulation des charges fiscales et sociales) et de la continuation d’activité
• Mesure des impacts sur le chiffre d’affaires, la sinistralité, la valeur des actifs, la solvabilité présente et prospective
• Opportunité d’opérations M&A et fusions / acquisitions / cessions
  1. Gérer les risques techniques et opérationnels de la crise
• Adaptation des politiques de risque au contexte de marché
• Augmentation des risques de défaillance
• Optimisation de la gestion de la liquidité dans l’environnement de crise
  1. Gérer les risques et les obligations réglementaires des Banques dans un contexte de volatilité des marchés combiné à un environnement de taux bas
• Evaluation et gestion des impacts sur les ratios prudentiels pour la Banque
• Conséquences des décisions des autorités françaises et de la BCE sur les stratégies en matière de fonds propres, de liquidité et d’activité
• Valorisation des actifs et des passifs financiers, et efficacité des couvertures (taux, changes, etc.)
  1. Optimiser le pilotage de la performance des organisations
• Reforecast budgétaire pour tenir compte de l’environnement COVID-19
• Revue et priorisation des projets stratégiques et impacts sur les budgets en cours
• Structuration du Business Plan et sa déclinaison pour le prochain exercice budgétaire (nouvelles hypothèses, impacts activités, impacts financiers et résultats)
  1. Anticiper et évaluer l’impact des mesures exceptionnelles prises par les instances de supervision et l’évolution de leurs attentes (BCE, EBA, EIOPA, BDF, AMF, ACPR)
  1. Accélérer les plans d’exécution des projets de digitalisation et d’expérience client devenus prioritaires dans un contexte de COVID-19 et de revue des parcours clients en période de confinement
 
 
D’un point de vue plus large, quelles sont les conséquences à court terme et à long terme pour votre organisation et surtout la façon dont vous gérez les relations avec vos partenaires ?
 
Il est aujourd’hui trop tôt pour évaluer toutes les conséquences à long terme. La pandémie du Covid-19 est à l’origine d’une crise sanitaire majeure et d’une mobilisation nationale et internationale exceptionnelle au regard des enjeux humains, économiques, sociétaux et environnementaux. La situation va provoquer des chocs successifs sur les marchés financiers, avec des décrochages de la valeur des actifs financiers et une volatilité record. A court terme, les incertitudes liées à cette crise sont encore majeures et évolutives à l’heure actuelle et la priorité du cabinet auprès des partenaires de l’industrie financière, dont les Fintech, reste de favoriser la solidarité et la résilience.
 

D‘après-vous, qu’est-ce qui va changer par la suite et ne sera plus jamais comme avant dans votre organisation / équipe / domaine d’activité ?
 
Les enjeux sont multiples pour tous : l’Etat, les grandes entreprises, les start-ups, les partenaires sociaux et les grands réseaux associatifs seront au cœur de la gestion de l’après et nous auront tous un rôle à jouer, individuellement et collectivement, post-crise. Ma conviction est qu’il faudra s’adapter rapidement, une fois la période de confinement levée, et que la solidarité devra être le maître mot.  
 
Dans le domaine du conseil plus précisément, il sera important d’accélérer la transformation digitale de nos métiers pour être encore plus disponibles, flexibles et efficaces au service de nos clients, tout en adaptant nos offres de spécialiste au nouveau monde qui va se construire dans les mois et années à venir.  Il sera aussi important de revoir les modèles d’organisation pour nos équipes, très sollicitées en période de crise, pour préserver cette richesse et ce capital humain en maintenant l’équilibre de tous dans la durée.
 
Dans le domaine d’activité spécifique des Banques et des Fintech, la résilience, l’essentialité et l’agilité (grâce au cloud notamment et en lien avec les enjeux autour de la data encore plus importants) seront au cœur des priorités. Les nouveaux piliers stratégiques des Banques traditionnelles autour de la Finance Durable, dont l’inclusion bancaire et de l’Expérience Client seront également renforcés pour plus de sens et d’agilité pour leurs clientèles du marché des Particuliers mais aussi des Entreprises et des Professionnels.
 
Pour les Fintech, plusieurs cas de figures sont à prévoir suivant la robustesse et la pérennité de leurs business models, dans ce contexte de crise pour leurs clients et leurs partenaires. L’enjeu majeur à court terme reste bien sûr la trésorerie, en particulier pour les Fintech qui étaient en train de finaliser des levées de fonds.
 
Nous avons aussi des convictions fortes sur l’accélération de la digitalisation de la banque et des services financiers en général. Cette crise va confirmer le besoin de toujours plus de flexibilité, de mobilité et de simplicité dans les offres et les services des banques, en particulier pour les consommateurs les plus fragiles.
 
Les Banques seront également sollicitées pour assurer, avec les garanties de l’Etat, cette transformation pour tous et les Fintech vont contribuer à accélérer cette transformation et réinventer leurs modèles économiques. Les priorités et les solutions innovantes les plus recherchées s’articuleront par exemple autour :
  • De l’accès au crédit à distance pour les particuliers mais surtout pour les PME/ETI, commerçants, artisans, professionnels
  • De la création de nouveaux parcours clients et de selfcare pour l’ensemble des produits essentiels (par exemple recevoir sa carte bleue au lieu de son choix, le développement du paiement sans contact, etc.)
  • De plus d’investissements dans les parcours digitaux - investissement dans l’image en ligne pour continuer à favoriser le télétravail pour les salariés et pour digitaliser l’ensemble des opérations et ainsi permettre l’entrée en relation sans rendez-vous physique
  • De l’utilisation de la data pour mieux anticiper les risques
              
Les Fintech qui étaient en pleine croissance et qui ont pu lever des fonds avant la crise vont pouvoir se concentrer sur le développement de leur roadmap produits dans ce sens et elles vont voir les opportunités se développer grâce à leurs agilité.
 
Avec la crise, les banques vont devoir identifier rapidement leurs priorités, en s’appuyant notamment sur l’aide et les capacités de transformation des Fintech et de la gestion de la data dans un environnement d’Open Banking. Les banques vont de plus revenir à des fondamentaux pour accompagner après la crise leurs clients, leurs collaborateurs(trices) et leurs partenaires dans la reconstruction d’un modèle durable pour tous, aussi bien économique, social qu’environnemental et désormais sanitaire.
 


Stéphane Dehaies
Associé Banque & Fintech KPMG France