2 Décembre 2020

Veni Vidi VC #4 : "En ciblant des projets Tech & Sustainable, nous voulons apporter notre pierre à l'édifice" (Ring Capital)

Après le succès de notre série d’articles destinés à comprendre l’impact de la crise sur les différents secteurs de la fintech, La Place Fintech souhaite aujourd’hui donner la parole aux investisseurs. « Veni Vidi VC » doit permettre aux membres de l’écosystème La Place Fintech, qu’ils soient entrepreneurs ou institutionnels, de mieux appréhender l’identité, la spécificité et les attentes des B.A. et VC français, au-delà de leur portefeuille et de leur Track-record souvent connus !



Bonjour Pierre-Alexis, pourrais-tu nous parler de la genèse de Ring Capital, que tu viens tout juste de rejoindre ?

Bonjour La Place Fintech ! Ring Capital a été créé en 2017 par un tandem financier et entrepreneurial : Nicolas Celier d'une part, ex-Alven Capital et co-fondateur d'Investir&+, et Geoffroy Bragadir d'autre part, co-fondateur d'Empruntis.com, une fintech rachetée par Covea. Notre mission chez Ring : financer des entreprises Tech en croissance, qui ont la conviction que l'innovation est un levier de création de valeur pour les entreprises et pour la société. Nos deux grands piliers sont donc l'Innovation et la Sustainability - deux éléments que nous ciblons chez les scale-ups financées mais que nous appliquons également en interne, en tant que société de gestion. Concernant les critères ESG, nous souhaitons accompagner des entreprises qui cherchent à avoir un impact positif sur la société, soit dans leurs engagements et leur démarche responsable, soit par les Business Model qu'elles établissent. Avec son modèle innovant de fontaines à eau pour entreprises, Castalie, dont la mission est de supprimer les bouteilles plastiques, en est un bon exemple.

Aurais-tu un exemple d'initiative ou de pratique "sustainable", en tant qu'investisseur ?

Nous organisons régulièrement pour nos sociétés en portefeuille des boards dédiés aux thématiques ESG (critères Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance), où l'on évoque des sujets comme la parité, la diversité, l'inclusion. On essaie d'aller plus loin que l'application des seuls critères ESG, de par la responsabilité qui est la nôtre en tant qu'investisseurs. C’est pour cela que nous intégrons la brique “sustainability” dans notre programme d’accompagnement du portefeuille avec des experts dédiés sur le sujet qui peuvent aider nos participations à lancer ou à accélérer leur démarche responsable.

Qu'est-ce qui t'a amené vers le VC ?

Après un diplôme d'ingénieur complété par un Master en école de Commerce, j'ai directement rejoint l'univers de l'investissement. J'ai notamment travaillé pour le fonds Entrepreneur Invest sur les sujets de croissance et d'innovation.

Quels sont les metrics clés de votre fonds ?

Il est doté de 165 M€, dont un peu plus de la moitié a déjà été investi. A date, nous comptons une douzaine de sociétés en portefeuille, et investissons au rythme de 3 à 4 opérations par an. Nous investissons des tickets de 3 à 12 M€, qui peuvent aller jusqu'à 15 M€ en cas de co-investissement. Nous nous positionnons sur des tours allant de 3 à 30 M€.

Quelles phases financez-vous chez Ring Capital ?

Nous finançons la phase Growth, qui est généralement délaissée par les VC faute de croissance explosive, mais également par le Private Equity qui n'y voit pas une phase propice aux effets de leviers. Ce choix de positionnement est motivé par deux raisons : nous pensons qu'il y a de la place pour des sociétés dont la dynamique de croissance est bonne mais qui n'intéressent plus les VC, et qui échappent par ailleurs aux logiques des fonds de PE, peu coutumiers de ce genre de sujets. Financièrement, ce sont des deals moins risqués, mais avec des rendements homogènes. Il n'y a pas la même variance que sur du Venture ! Nous visons ainsi des multiples entre 2,5 et 3 par société.

Quelle place occupe la Fintech dans votre stratégie d'investissement ?

Nous ne sommes pas un fonds fintech mais c'est un sujet qui nous intéresse. D’abord car notre équipe est très marquée par cet univers, tant sur l'aspect entrepreneurial qu'opérationnel : l'un de nos deux fondateurs a créé puis dirigé la fintech Empruntis.com, l'une de partners a été Head of Marketing chez SaxoBank après avoir travaillé chez Fortuneo. Nous avons d’ailleurs réalisé un investissement dans ce secteur, avec la société Bleckwen qui détecte les fraudes dans le secteur financier.

Sourcez-vous vos deals d'une manière particulière ?

Nous essayons d'être un fonds le plus Tech & sustainable possible. Cela se traduit notamment dans la manière dont nous sourçons les deals. Les membres de l'équipe au profil Tech, Alban de la Bretèche et Thomas Marsal, ont développé un outil composé d'un CRM pour à la fois gérer notre dealflow et pour sourcer des sociétés. Pour éclairer cette pratique, une statistique sera sûrement éloquente : 50% de nos investissements sont des deals propriétaires.

Quelle est votre valeur différentiante pour les startups que vous accompagnez chez Ring Capital ?

Notre mission d'abord, par laquelle nous sommes habités et qui trouve plus ou moins d’écho chez les entrepreneurs. Ensuite, la notion d'accompagnement est très forte chez Ring. Thibaut Bechetoille, président de Croissance+ et Operating Partner chez Ring Capital, est en charge de la plateforme Ring2Success qui regroupe un vaste réseau d'Operating Partners, en France et aux Etats-Unis. Ce programme, à certains égards comparable au plan des 100 jours présidentiel, vise à mettre en place les bonnes actions en accord avec le dirigeant.

De quelle manière la crise de la Covid a-t-elle impacté votre activité ?

Les secteurs dans lesquels nous avons investi ont globalement su tirer leur épingle du jeu - on peut même dire qu'ils sortent renforcés de la crise. Nos critères d'investissement n'ont pas changé : dans le "nouveau monde" tel qu'appelé de ses voeux par la société, l'innovation et le caractère sustainable occupent une place centrale. La pandémie nous a finalement renforcé dans notre thèse d'investissement.

La promesse ou les mots que tu ne veux plus entendre lors d’un pitch ?

Je dirais que j'ai de plus en plus de mal à entendre les buzzwords ( Big Data, IA, Blockchain, etc.) dont on ne prouve ni l'intérêt économique, ni l'intérêt social. J'ai vraiment besoin que l'entrepreneur me démontre en quoi c'est utile d'utiliser de l'IA ou du Machine Learning.

Qu'est-ce qui t'a fait rejoindre Ring Capital ? Est-ce la vision, les startups en portefeuille, ...?

Ce ne sont pas tant les scale-ups en portefeuille que les discussions avec les membres de l'équipe. Je me reconnais totalement dans la mission que nous avons en tant qu'investisseurs, qui est cohérente avec celle que j'ai dans ma vie de tous les jours. Si je suis conscient de la chance de faire le métier d'investisseur, je sais qu'il s'accompagne d'une responsabilité toute aussi grande. C'est un univers caractérisé par des jeux d'équilibre. Nous ne sommes pas un fonds d'impact pur et dur, mais nous essayons chez Ring d'apporter notre pierre à l'édifice.

Pour finir, si tu devais résumer Ring Capital en un seul mot ?

Je peux en utiliser non pas un mais deux ? Tech & Sustainable !