12 Avril 2021

GREEN TALK #1 - Sustainable banking : vers une activité durable des banques

Plus qu’un objectif louable, le caractère « durable » des activités des banques doit être désormais une nécessité commerciale. Le secteur des services financiers a un rôle essentiel à jouer dans la lutte contre les risques environnementaux et climatiques. Alors que les entreprises du monde entier cherchent à atteindre des objectifs agressifs d’émissions de gaz à effet de serre (GES), les acteurs financiers doivent montrer l’exemple. Comment ? C'était tout l'enjeu de l'échange entre Marion Nibourel et Noémie Lauer de Capgemini Invent, à l'occasion du premier Green Talk qui s'est tenu jeudi 8 avril dans les locaux de La Place Fintech. La Vice President Financial Services revient sur sa vision des leviers pour une transition réussie et partage quelques retours d’expérience sur des initiatives engagées.





En introduction, Marion Nibourel rappelle que lorsqu'on parle de "sustainable finance", on a tendance à penser d'abord à l'investissement, à l'image de l'initiative Alliance for Impact lancée dernièrement par La Ruche - en partenariat avec Aviva et Ventech. Les trois piliers de l'investissement sont désormais bien connus : intentionnalité, additionnalité et mesurabilité. Au-delà de cet aspect, il y a pourtant toute la transformation de l'entreprise et de la banque elle-même, comme le rappelle Marion Nibourel. Elle définit pour cette première conférence du cycle des Green Talks un objectif : comprendre les clés de succès, et voir comment permettre aux acteurs financiers de s'inscrire dans une démarche durable à plus long terme.

Esquisser les contours d'une finance responsable

Noémie Lauer est familière du sujet, elle qui a travaillé pendant 15 ans dans le secteur financier, notamment chez HSBC où elle a fait partie des premiers "climate champions", avant de rejoindre le département services financiers de Capgemini Invent. L'experte a une vision assez précise de la façon dont une banque peut devenir "responsable" : cela passe d'une part par le fait de se soucier de son impact sur l'environnement et la société, de s'assurer qu'il est positif, et d'autre part par l'accompagnement de ses clients, particuliers comme professionnels, vers un monde meilleur. Si ces clients sont des particuliers, la banque doit être aussi bien capable de leur expliquer comment réduire leur empreinte carbone que de les accompagner en cas de situation de difficulté sociale ou de fracture numérique. Lorsque ses clients sont des entreprises, la banque doit pouvoir les aider à prévoir quels seront les impacts financiers de la transition environnementale, si cela aura des conséquences sur leur business model, ou toute autre question de cet acabit. "Le défi pour les banques va être d'accompagner leurs clients dans cette transition, et pas simplement d'exclure le financement de tel ou tel pan de l'économie", déclare Noémie Lauer, appuyant l'idée que les banques ont beaucoup à faire en matière de transition.

Certes, mais les banques sont-elles prêtes à opérer ces changements ? Pour la VP Financial Services de Capgemini, il existe différent niveaux de maturité en fonction des régions. L'Europe est le continent le plus en avance, en particulier l'Europe du Nord, où le régulateur se structure de plus en plus. "Or, sur ce genre de questions, le régulateur est un puissant accélérateur", confie Noémie Lauer. Elle invite à surveiller les US, où des mouvements se produisent du côté des fournisseurs d'indices, et où les nominations au sein de l'administration Biden laissent penser que de nouveaux standards pourraient rapidement émerger et devancer l'Europe sur ces questions. L'autre marqueur important, outre la différence de niveaux de maturité, est le fait que cette réflexion touche toutes les régions du monde : "Les demandes de clients émanent de tous les continents. Sur un territoire donné, il n'est pas une banque qui ne se pose pas cette question", reconnaît l'experte.

Sortir du paradigme bénéfices-risques et adopter une posture de responsabilité

En France, trois grands questionnements agitent les banques : d'abord, elles veulent estimer le coût de l'investissement à déployer pour se conformer aux mesures mises en place par le régulateur. Ensuite, elles se posent la question de la gestion des risques, avec le risque potentiel de fragilisation de leur clientèle. "Les banques doivent sortir du paradigme bénéfices-risques pour adopter le triptyque bénéfices-risques-impact", avance Noémie Lauer, d'après qui une telle approche change non seulement la façon de décider, mais nécessite surtout de mesurer l'impact du projet du client que l'on va financer. Ce faisant, il devient possible de calculer l'exposition de la banque en termes d'impact (positif ou négatif). La VP Financial Services de Capgemini Invent insiste sur l'importance de ne pas réfléchir juste par rapport au régulateur, mais de mettre en place des proxy et, lorsque des standards apparaissent, d'adapter ses outils. Enfin, le troisième questionnement qui taraude les banques concerne leurs clients : ces derniers exigent de plus en plus des acteurs économiques qu'ils embrassent leurs responsabilités. Face à ces nouvelles exigences, les banques se demandent ce qu'elles ont à gagner. "Ce qu'elles ne voient pas toujours, c'est le champ d'opportunités qui s'ouvre à elles, avec la possibilité de définir de nouveaux produits et services", déclare Noémie Lauer, "que ce soit pour leurs clients retail ou corporates".

Adopter cette posture comporte un risque selon l'experte : celui d'être jugé, qui va généralement de pair avec le fait d'être responsable. Il faut en quelque sorte que les banques sortent de leur rôle de banquier stricto sensu et deviennent les chefs d'orchestre accompagnant la transition environnementale. Pour l'experte de Capgemini Invent, aucune banque n'a encore "fait de la responsabilité un marqueur clair de sa relation client" - pas même les néobanques green.





Sur ce point, Noémie Lauer invite à la vigilance : "Il est plus facile d'être green que d'être responsable", raison pour laquelle il faut se méfier du greenwashing. Face aux éco-banques qui s'adressent essentiellement à une clientèle familière avec le digital, les banques traditionnelles ont un rôle de proximité et de conseil à jouer, d'après cette ancienne de HSBC. De la même façon que les problématiques liées à la data infusent aujourd'hui tous les pans de l'entreprise, il faut intégrer la dimension durable dans la stratégie coeur des banques, et la faire pénétrer à tous les niveaux de l'organisation - y compris au sein des fonctions support. "Dans ce challenge, les banques ont besoin d'embarquer les collaborateurs, de les acculturer et de les former", explique la VP Financial Services de Capgemini Invent. Et de conclure que "l'image des banques a été malmenée ces dernières années - à tort ou à raison ; mais elles ont un vrai coup à jouer sur le champ de la transition environnementale".