15 Juin 2021

Green Talk #3 : Quels enjeux pour la finance durable en 2021 ?

Ce lundi se réunissaient au deuxième étage du Palais Brongniart quatre personnalités de la finance durable, afin d'évoquer les travaux de Place menés par Finance for Tomorrow visant à positionner la France comme un acteur clé de la finance à impact. Sur scène, Philippe Taffin d’AVIVA et Xavier Ploquin de MERIDIAM, tous deux co-pilotes de la Task Force Finance impact, ainsi que Jean-Jacques Barberis d'AMUNDI, responsable du Groupe de Travail Transition Juste, ont répondu aux questions de Pierre-Alix Binet, en charge du développement stratégique et des relations institutionnelles chez Finance for Tomorrow. Retour sur l'essentiel de ces échanges inspirants.


Si le mot "Impact" est désormais sur (presque) toutes les lèvres, c'est que les investissements dans le domaine ont fortement progressé ces dernières années. Pour preuve, les investissements à impact représentaient 715 Mds $ en 2020, contre 502 Mds $ en 2019, ainsi que le remarque Pierre-Alix Binet en introduction. En France, on assiste à l'émergence d'une gamme grandissante d'acteurs, qui prospèrent historiquement sur les marchés non-cotés. Dès lors, comment rendre compte de cette dynamique et de ses implications sur le marché français ?


La finance comme outil majeur de transformation de la société

Pour Philippe Taffin, la France est un acteur pionnier de la finance durable, d'abord à travers les initiatives entreprises dans le secteur de l'Economie Sociale et Solidaire (ESS). Aujourd'hui, on assiste à l'émergence d'entrepreneurs qui souhaitent changer les mentalités à leur échelle. Selon le Chief Investment Officer d'AVIVA, l'engouement pour les problématiques qui gravitent autour de l'Investissement Socialement Responsable (ISR) s'explique par une double prise de conscience. De la part de la société d'abord, avec le constat du fait que la croissance connue depuis 35 an au sein des sociétés occidentales n'est pas soutenable sur le long terme. Pour Philippe Taffin, l'élément clé qui a cristallisé cette prise de conscience à bien des égards est la Cop21 qui, fin 2015, a entre autres débouché sur l'Accord de Paris. Dans son sillage, la prise de conscience s'est élargie des problématiques environnementales aux inégalités sociales. Mais la mobilisation de la société ne saurait suffire à expliquer la projection soudaine de ces sujets sur le devant de la scène. La prise de conscience est également venue du côté des organismes financeurs, qui ont réalisé que la finance était un outil majeur de transformation sociale. "Aussi engagés en matière de finance durable que nous sommes chez AVIVA, nous avons constaté qu'il était impossible de s'appuyer uniquement sur les critères ESG, qui sont nécessaires mais loin d'être suffisants", regrette Philippe Taffin. Pour ce dernier, la notion d'Impact, qui consiste à aiguiller ses financements en fonction d'objectifs précis, et à mesurer ensuite les conséquences de tels financements, permet "d'aller un cran plus loin". Et de rappeler les trois notions au coeur du concept d'Impact : l'intentionnalité, l'additionnalité et la nécessité de mesurer.


Quelle place pour la France dans le bal international ?

Xavier Ploquin apporte une autre perspective au débat, en soulignant le fait que le marché est sous pression : les petits épargnants veulent de plus en plus de sens dans la finance et dans leur épargne. Aussi assiste-t-on d'après lui à l'augmentation progressive des encours de la finance responsable et de la finance à impact. En parallèle de ce phénomène, la multiplication des changements au niveau réglementaire pave la route qui va permettre de faire de l'impact, notamment au niveau européen. "D'un côté, l'émergence d'une taxonomie donne le vocabulaire pour faire de l'impact, alors que l'apparition d'un reporting extra-financier permet de recueillir de la donnée plus fiable et en plus grande quantité pour mesurer l'impact", constate Xavier Ploquin. Résolument optimiste sur ces questions, le jeune homme remarque qu'à l'international, de plus en plus de coalitions se forment afin de structurer leur vision de l'impact. Pour le directeur de cabinet de Meridiam, l'Europe ne doit pas revivre le scénario des normes IFRS en 2005, lorsqu'elle s'est fait imposer une vision du monde différente de la sienne pour avoir réagi trop tard.

Dans le cas de l'Impact, Xavier Ploquin note que les différences entre pays sont en réalité "plus philosophiques que techniques" : en France par exemple, la notion va de pair avec une manière de prendre en compte les effets de la finance sur l'environnement, et vice versa. Sous l'impulsion du Ministère de l'Economie et des Finances, un groupe de travail est né, qui réunit aussi bien des membres de Paris Europlace que des acteurs académiques et institutionnels. "Nous avons réparti les 80 acteurs en 4 sous-groupes, chargés de travailler sur 4 objectifs distincts", explique Xavier Ploquin. Parmi ces objectifs, il y a l'idée de d'aboutir à une définition commune de l'impact, de donner des outils partagés de mesure de l'impact, de dresser des recommandations pour lever les freins au développement de la finance à impact, et d'établir une stratégie de promotion de la vision française aux niveaux européen et international.


En ligne de mire : la Cop26

Si les travaux sont en cours depuis fin mars, l'horizon est bien celui de la Cop26, qui se tiendra à Glasgow du 1er au 12 novembre 2021. L'enjeu majeur, d'après les deux co-pilotes de la Task Force, sera d'arriver avec une vision unifiée de la Finance à Impact, qui puisse faire adhérer d'autres pays dans son sillage. Dotée d'un leadership intellectuel sur le sujet, et en avance d'un point de vue réglementaire, la France se doit de mettre toutes se chances de son côté... afin de porter haut et fort la conviction selon laquelle la Finance Durable est l'avenir de la finance. Une conviction largement partagée par les membres de Finance for Tomorrow, qui nous donnent rendez-vous en novembre pour voir le résultat de ces travaux ambitieux.