Après le succès de notre série d’articles destinés à comprendre l’impact de la crise sur les différents secteurs de la fintech, La Place Fintech souhaite aujourd’hui donner la parole aux investisseurs. « Veni Vidi VC » doit permettre aux membres de l’écosystème La Place Fintech, qu’ils soient entrepreneurs ou institutionnels, de mieux appréhender l’identité, la spécificité et les attentes des B.A. et VC français, au-delà de leur portefeuille et de leur Track-record souvent connus !
Bonjour Ludovic, pourrais-tu revenir sur la genèse de Seventure Partners ?
Bonjour La Place Fintech ! Créé à la fin des années 1990, Seventure est l’un des fonds les plus vieux de la place parisienne. Si la société de gestion est indépendante dans son fonctionnement, elle a toujours appartenu au groupe Natixis – BPCE. Historiquement, nous avons investi dans deux grandes thématiques : le digital au sens large, dont les services financiers, et les sciences de la vie (biotech, medtech, foodscience). Nous sommes par ailleurs les pionniers mondiaux de l’investissement sur la nouvelle révolution de la médecine, le microbiome, avec les fonds Health For Life Capital™ I & II. Nous avons également créé, il y a plus d’un an, un nouveau fonds centré sur le sport, la nutrition et le bien-être, Sport et Performance Capital™.
Pourrais-tu revenir sur votre fonctionnement ? Etes-vous ouverts aux LPs autres que Natixis ?
Il faut distinguer deux choses : le fonds, et la société de gestion. Au sens de l’AMF, nous sommes une société de gestion indépendante dans sa gouvernance, ce qui nous assure une totale indépendance en matière de décisions d’investissement. Le capital de la société de gestion est détenu en majorité par Natixis, mais Natixis n’est qu’un de nos LPs parmi d’autres. Nous sommes ouverts aux LPs qui investissent dans les différents fonds en fonction de leurs intérêts : dans la santé, dans le digital, dans le sport, etc.
Qu’est-ce que tu recherches en tant qu’investisseur dans la fintech, en matière de phases de développement mais aussi de thématiques ?
Chez Seventure Partners, on se positionne sur la Series A, lorsqu’il y a déjà un produit, quelques clients qui génèrent un peu de CA, et que la startup n’est plus loin de la preuve de concept. A ce stade, elle perd encore de l’argent, mais le moteur se met en route ! Nous investissons des tickets entre 1 et 4 millions d’euros par investissement. Avec des bureaux en France et en Allemagne, notre thèse d’investissement consiste à aider les startups dans lesquelles nous investissons à se déployer en Europe. Aussi, si une startup développe un sujet trop franco-français, il y a de grandes chances qu’on ne regarde pas l’opportunité. Nous tenons à faire passer un cap à la société pour la faire devenir à la fois plus industrielle et plus européenne. En termes de thématiques, nous ciblons davantage les sujets B2B que B2C – notre seul investissement consumer dans le segment fintech est TransferGo, une startup UK qui permet d’envoyer de l’argent à sa famille à l’étranger et dont la technologie nous a séduits.
Quels sont vos metrics clés ?
Nous avons une quarantaine de sociétés en portefeuille et des exits tous les ans. Créé en 2016, le fonds fintech compte 19 startups en portefeuille et arrive bientôt à son terme. En matière de géographie, la présence de la France et de l’Allemagne est équilibrée, et nous avons investi également au UK et en Belgique notamment.
A quelles problématiques de la fintech vous intéressez-vous particulièrement chez Seventure Partners ?
D’une manière générale, l’économie bancaire et financière est structurée par des entreprises qui ont beaucoup de legacy à gérer. Sous l’effet de freins techniques et historiques, ces acteurs se sont progressivement figés. La conséquence ? Le monde bancaire a parfois du mal à s’adapter aux mouvements, en particulier règlementaires, tout comme il peine aussi à mettre ses clients au centre des problématiques. Face à cette généralité, les acteurs qui arrivent sur le marché sans legacy, avec une technologie un peu plus efficace, un parcours client moins contraint par le législateur disposent d’une plus grande liberté pour transformer les parcours complexes du monde bancaire classique.
Pourrais-tu nous donner des exemples ?
Avec plaisir ! Dans le domaine du KYC, on sait bien que les processus de qualification de l’identité, indispensables pour nous donner accès à une Carte Bleue, à un compte courant, ou encore à un crédit, sont considérablement poussiéreux. Sous l’impulsion de la transformation numérique, il s’est produit une accélération incroyable de ce processus auparavant fastidieux. IDnow à Munich a participé à ce mouvement d’amélioration de l’onboarding des banques, dont N26 : la startup permet par exemple au nouveau client de s’identifier via un outil de streaming video en ligne.
Les exemples ne manquent pas, même dans d’autres secteurs ! SumUp pour les commerçants, Anytime dans le secteur des néobanques, Expensia pour les notes de frais… A travers nos investissements, nous essayons de prendre en compte la dimension d’automatisation de processus qui ont vocation à remplacer certaines tâches humaines à faible valeur ajoutée. Le but ? Continuer d’innover grâce à l’IA et mettre l’utilisateur final au centre de la transaction.
Comment est structurée l’équipe ?
Sur la partie digitale, nous avons un bureau à Paris et un bureau à Munich. En tout, nous sommes une petite trentaine, répartie entre les activités front-end (l’investissement et l’analyse) et le back office (structuration des produits, tenue des comptes). Nous avons la chance de pouvoir nous appuyer sur une équipe d’investissement complémentaire, composée à la fois d’investisseurs professionnels et d’entrepreneurs en résidence. Je me rattache personnellement à la deuxième catégorie, puisque j’ai monté deux « fintechs » lorsque cela ne portait pas encore ce nom (rires).
Quelle est la valeur différenciante de votre fonds ?
Je pense que notre valeur est indissociable du stade sur lequel nous opérons, en accompagnant des sociétés très jeunes pour les aider à grandir. Nous sommes des investisseurs actifs, et n’hésitons pas à mobiliser notre réseau pour trouver des profils qui aident sur la partie tech ou marketing. Nous avons en particulier une belle expérience en Fintech, avec un réseau considérable dans l’univers banque/finance en Europe continentale. Enfin, je dirais que nos principaux atouts humains se trouvent dans la complémentarité de nos profils ainsi que la pluralité culturelle de l’équipe franco-allemande.
Enfin, si tu devais décrire Seventure Partners en trois mots ?
Un fonds historique, doté d’une vision et opérant en proximité de ses participations et de ses clients/LPs.

